Deepfakes pornographiques : 138 élues européennes ciblées
Original : Sexually Explicit Deepfake Sites Target 100-Plus Politicians in Europe
Pourquoi c'est important
Ce phénomène menace concrètement la représentation féminine en politique à l'échelle européenne.
Une étude analysant 160 sites de deepfakes pornographiques révèle qu'au moins 138 députées de 22 pays de l'UE y figurent. Seuls 9 hommes sont concernés. Les femmes élues sont 33 fois plus ciblées que leurs homologues masculins, selon le chercheur Benjamin Shultz.
Une analyse conduite par Benjamin Shultz, chercheur à l'Agora Digitale Transformation et à l'American Sunlight Project, a passé au crible quelque 160 domaines hébergeant des contenus sexuels non consentis. Résultat : au moins 138 députées issues de 22 États membres de l'UE apparaissent sur ces plateformes — contre seulement 9 hommes. Les femmes élues sont statistiquement 33 fois plus susceptibles d'être visées.
Les politiciennes allemandes, néerlandaises, italiennes et françaises sont les plus représentées. Plus une élue est haut placée dans la hiérarchie politique, plus le risque d'être ciblée augmente. Certaines apparaissent dans des vidéos explicites ; d'autres figurent dans des entrées de type base de données, avec photos et liens vers des outils de création de deepfakes.
Shultz a compilé les données de plus de 5 800 parlementaires en juillet, puis les a croisées avec des moteurs de recherche personnalisés. Il a alerté individuellement chaque élue concernée. "Les deepfakes pornographiques s'inscrivent dans une tendance bien plus large de haine en ligne contre les femmes politiques", déclare la députée néerlandaise Suzanne Kröger. Sa collègue Sarah Dobbe ajoute que ces contenus servent à "intimider et rabaisser les femmes". Les chercheurs avertissent d'un effet dissuasif réel sur la participation des femmes à la vie publique.